SIDÉRATION

Sidération: Définition -  La sidération, littéralement « frappé de stupeur », est un état qui bloque un individu au point de l’empêcher de réagir, et de penser. Il subit. Elle subit. C’est la plus importante des malédictions liée à la soumission ; elle paralyse le corps et l’esprit. Elle abêtit.

A l’heure actuelle les découvertes sur le cerveau permettent de mettre en évidence une zone qui montre la perturbation affectée par un traumatisme sous forme de trace semblable à l’éclair d’un violent orage. Ce traumatisme ne s’efface jamais et fonctionne comme un handicap invisible, toujours prêt à se réveiller au signal le plus imperceptible, tel un son, une couleur, une odeur, un mot, qui peuvent servir de déclencheur.

Caïn & Abel

« L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn … »

C’est l’histoire du méchant et du gentil, du révolté et du soumis, du mal aimé et du préféré.= Tout le mal d’un côté, tout le bien de l’autre. Dieu a tranché.

Nous sommes sidérés. Et quand on est sidéré, on est pétrifié, on ne comprend rien, on est là, en danger de mort avec le coeur qui bat à tout rompre, avec un foyer d’incendie qui attaque le cerveau et l’empêche de fonctionner. Nous sommes incapables de réagir, nous sommes paralysés. Nous sommes abêtis. Le bien et le mal dansent toujours ensemble et nous continuons à ne rien y comprendre.

Les guérillas de proximité Depuis la nuit des temps, l’union faisant la force et l’isolement la stérilité, nous avons fait famille, fait clan, fait peuple, langue et culture. Nous avons bâti des terrains d’entente et d’échange dans la proximité. Nous en avons banni le méchant, le tueur, le traitre. Les « Abel » ont chassé les « Caïn ». Sans le tuer.

Ou en le tuant, mais au risque de devenir Caïn, donc de perdre l’amour de soi. Ça ne s’arrête jamais.

Et puisqu’il faut manger pour vivre, il faut défendre sa parcelle de terre nourricière, son troupeau et son poulailler. Nous sommes condamnés à manger, quoiqu’en pensent les anorexiques, et le chocolat, c’est très bon.

Donc nécessité fait loi et la vie c’est la nourriture. On veut bien partager mais on ne peut pas nourrir plus qu’on ne produit.

Alors on a défendu ensemble solidairement, des territoires contre des envahisseurs « étrangers », étrangement étrangers, des affamés, comme nous finalement, mais sont-ils des « Caïn » ou sont-ils des « Abel » ? .

Les massacres

Et Dieu dans tout ça ? Dieu bon, Dieu père, et lui-même victime expiatoire, sacrifié sur la Croix en la personne de son incarnation, Jésus Christ, semble être une tentative de réponse à cette sidération qui nous saisit face à la mort. Y croire ou ne pas y croire est une autre affaire. Mais chercher à comprendre le sens caché de cet imbroglio est de notre compétence. L’enjeu est encore et toujours d’échapper à la sidération.

Sur la portion Européenne et Moyen-orientale de notre terre-mère, le Dieu de Caïn est devenu le « père matrice » de Jésus, miséricordieux, pour jeter un voile sur la sidération. En Chine, en Inde, Confucius et Bouddha relèguent, isolent, la sidération en pratiquant le détachement complet des choses de la vie. Ailleurs l’animisme, plus sagement peut-être, vénère la nature et l’universalité de la nature dans laquelle il est possible de se fondre à égalité de destin.

Chacun essaie donc d’échapper à la sidération face à cette unique nécessité qui fait loi : La mort, inexorablement, pour tous, depuis le début des temps. Les guerres de religion avec des massacres perpétrés depuis l’avènement du Judaïsme puis du Catholicisme et de l’Islamisme mettent la sidération à l’ordre du jour en répétant de siècle en siècle l’acte d’assassiner ; de tous côtés, ils deviennent des « Caïn » qui s’entretuent. Il faut bien se défendre quand on est attaqué …

La sidération, qui aveugle les assassins et leurs victimes, empêche quiconque d’ycomprendre quelque chose.

Les révoltes Finalement il faut être toujours plus fort pour lutter contre les assassins. Au fil du temps, les religions n’ont pas suffi. On a créée des états et des nations, avec des chefs très puissants s’autorisant d’un Dieu tout puissant distribuant ses onctions aux plus forts et aux plus entreprenants. C’est la mise en place d’une hiérarchie qui n’est pas, (pas encore mais on pourrait l’espérer) une hiérarchie des valeurs, celle qui ferait, possiblement, la lumière sur l’état de sidération.

Malheureusement, la sidération qui atteint l’intelligence dans sa fonction cognitive pousse aux révoltes plus ou moins échevelées. Les peuples ont été peu à peu dépossédés des outils culturels qu’ils avaient élaborés dans la solidarité née des nécessités premières qu’ils avaient affrontées ensemble, dans la proximité. Ils sont piégés dans les malédictions d’une soumission à des possédants astucieux qui les « achètent » ou les utilisent à leur profit. Leur intelligence collective a été orientée, canalisée, sur les questions économiques.

Au fil du temps, les révoltes des peuples, dans tout l’Occident vont exploser en révolutions multiples contre les rois et les empereurs et désormais contre les Présidents.

La terreur En France, les massacres et les génocides des peuples de l’hexagone par les enragés de la Terreur, poussent la sidération à un degré de plus sur une échelle qui semble sans fin. Qui, de nos jours, peut en dire autre chose que : « C’est comme ça, c’est dans la nature humaine » et d’aucuns espèrent la protection d’un dieu, d’un chef, d’un sauveur, d’un Jupiter … et d’autres font un pas de côté en haussant les épaules, de désespoir sans doute. Car la sidération donne la main au désespoir. Tout ça est « trop vrai »

La Grande Guerre 

Les guerres civiles, idéologiques, république contre royauté, vont devenir le substrat des guerres en Europe, les humiliés vont vouloir se venger et le culte de la Patrie va essayer de se substituer aux cultes religieux.

L’économie se mondialisant, les techniques et l’industrie moderne se développant, le veau d’or et la richesse prospérant, les moyens de tuer en nombre sont à portée de main. La guerre qui était « jolie » (ou pas) au Moyen Âge, toute de chevalerie, de prouesse et de galanterie, bascule dans l’horreur et les peuples deviennent des populations abêties et sidérées d’autant, fuyant « sous les déluges de fer, de feu, d’acier, de sang ».

La sidération, source d’incompréhension, obscurcit les esprits. Les nations vaincues ne supportent pas l’humiliation. Ils la supportent encore moins que les individus puisqu’il peuvent compter sur une force démultipliée par le nombre de leurs populations et la puissance de leurs engins techniques. Les menaces se sont propagées de proche en proche. La grande guerre s’est arrêtée dans le sang.

La deuxième guerre mondiale Les vaincus veulent leur revanche. L’humiliation est trop lourde et la sidération qui en découle va favoriser, 27 ans après la « grande guerre » l’émergence d’un chef malade d’aveuglement en Allemagne. Sidéré par des malheurs personnels successifs dès sa petite enfance, il devient à son tour le tortionnaire emblématique ayant surpassé en férocité tous lescriminels et les « Cains » du monde entier et de tous les temps.

A l’occasion de cette deuxième guerre mondiale, l’aveuglement généralisé doit à la sidération des peuples du monde les autorisations qu’ils donnent à leurs gouvernements d’assassiner, de commettre des génocides et des crimes. On se demande encore comment le peuple allemand, hautement instruit et intelligent, a pu élire Hitler.

A-t-on été au bout du bout de l’état de sidération ? En avons-nous assez vu les effets ?

Pouvons-nous essayer d’y chercher un début d’explication ?

Le Terrorisme et la guerre des sexes

Les femmes actuellement violentées, abusées, chosifiées, qui arrivent enfin à parler de leurs agresseurs ; elles ouvrent la voie à une réflexion plus approfondie de ce qui se passe en cas d’agression, sexuelle en l’occurrence. Elles parlent toutes de cet état de sidération qui les a paralysées, immobilisées, devant l’inutilité de se défendre.

Pourtant, elles ne deviennent pas des « Caïn » ! Elles sont des « Abel » ! Elles ont tenu bon jusqu’à ce qu’on entende leur appel à l’aide. C’est impressionnant. C’EST TRÈS RÉVÉLATEUR DE « CE QUE VEUT LA FEMME. » selon la question de S.Freud. Mon idée c’est qu’elles peuvent parler seulement maintenant en raison de la suppression de la peine de mort. Ça mériterait une étude approfondie.

Si on remonte dans le temps on comprend que la guerre des sexes a fait rage dans l’antiquité grecque et Egyptienne. La terre-mère Ge, puis Isis, d’abord vénérées, ont dû laisser place à divers dieux et au culte du phallus avant que l’invention d’un Dieu unique, Juif, Chrétien, musulman vienne consolider le statut de l’homme, masculin uniquement. (Une divinité existe peut-être, ce n’est pas ici, le propos.)

De là est né le choix politique d’instaurer des hiérarchies basées sur le plus fort et le moins accessible à la destitution. Les empereurs, les rois, les chefs, du plus grand au plus petit, ont largement abusé de leur statut. Et ceci jusqu’au tyran domestique qui de nos jours peut aller jusqu’à tuer sa femme. Il faudra se demander, pourquoi et par quel processus.

La hiérarchie des valeurs a cédé la place à la hiérarchie du pouvoir, appuyé sur sa force « guerrière » pour plus de sécurité supposée.

Les actes de terrorisme nous montrent actuellement que les chefs des hordes guerrières surarmées ont renoncé à opérer leurs ravages, ce qui était habituel jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Soigner les effets de la sidération Nous avons tous senti nos tripes faire des noeuds douloureux à la seule évocation de la mort qui pourrait emporter un de ceux qui nous sont chers. Nous savons de quoi il s’agit.

Curieusement chacun consent plus ou moins à sa propre mort. Ce qui nous sidère c’est la mortd’un des nôtres.

La mort est le fait par lequel nous sommes facilement atteints de sidération, Si on réfléchit bien, les Celtes nous l’avaient dit : « Le trépas, nécessité unique, père de la douleur, rien d’autre, rien de plus ». C’est notre talon d’Achille, là où notre vulnérabilité nous piège dans l’impuissance. Les choses arrivent et nous sommes démunis. Nous n’avons pas le choix.

Les guerres modernes détruisent tout sur leur passage. Les vainqueurs y meurent autant que les vaincus, par populations entières, car ce qui détruit l’humain détruit son écosystème, cet utérus géant, aux dimensions cosmiques infinies qui nous nourrit tous, indifféremment. La sidération nous pousse à la mort en masses.

Pour Vaincre la mort il faut supprimer la vie ? C’est ça l’effet de la sidération poussée à l’extrême ! Trop c’est trop et il faut bien se rendre à l’évidence.

Et parce que nous n’avons plus le choix, la PAIX est devenue la VOCATION de l’Europe.

Conclusion

En conséquence, nous devrions penser à soigner les populations traumatisées. Il faut réfléchir avec toutes les personnes concernées à ce qui leur convient comme soin et comme structure de prise en charge. Il ne faut oublier personne. Ni les victimes d’attentats, ni les peuples spoliés qui ont été dépossédés de leurs langues, de leurs cultures, de leurs histoires et même de leurs territoires. Ils ont été « sidérés ».

Les peuples de l’hexagone en savent quelque chose, des « veaux » disait le général de Gaule devant leur apathie face au danger du nazisme. Le Général disait vrai mais il ne savait pas ce qu’il disait. Les peuples de l’hexagone sont sidérés, impuissants, humiliés par la soumission à un pouvoir centralisateur mortifère. Ce qui reste d’Abel en eux essaie de négocier leur libération, en attendant leur heure, qui viendra forcément. Les Corses, les Catalans, sont en mouvement, les autres aussi chacun selon sa situation. Et il me semble que c’est la même dynamique, partout dans le monde. Il s’agit d’une lutte contre l’humiliation contre quiconque nous mène à l’abattoir.

Peut-on essayer de bouleverser toutes nos certitudes et habitudes, en restant fidèles au combat de l’humanité pour se libérer des humiliations ? La sidération face à la mort, en tant que sidération princeps qui génère toutes les autres de manière plus ou moins nuancée, fait perdre la raison à l’homme masculin, finalement mortel à tout jamais.

La femme, elle, donne la vie. Il y a énigme. C’est étonnant, incompréhensible. On fait avec, ou pas. La sidération est du côté de l’incompréhension. Le mythe du dieu chrétien obligé de passer par une femme pour s’incarner en la personne d’un fils pourrait bien nous faire réfléchir.

Pourquoi l’humanité au masculin devrait-elle dominer absolument la femme et le monde ?

C’est absurde. Nous pourrions porter ensemble ce que les Celtes désignaient comme étant « le fardeau d’amour ».

La lutte contre les malédictions de la soumission sont de notre compétence actuelle, en compagnie de tous nos savants et de tous nos chercheurs.

Nous savons désormais que les soins qui produisent des effets apaisants sur le fonctionnement des cellules du cerveau sont la maîtrise de la respiration, avec la relaxation et surtout la « mise en mots » du traumatisme lui-même, en présence de tiers compatissants,, selon cette compassion chère aux bouddhistes comme aux Chrétiens. Les traumatismes dus aux guerres et aux actes de terrorisme, se soignent avec le soutien de l’environnement amica et social. Même si les cellules de nos cerveaux n’oublient jamais, les soins et le temps en apaisent les effets les plus douloureux. Les femmes traumatisées par les violences conjugales peuvent désormais nous instruire sur ce qu’elles vivent.

Il serait dommage que les cerveaux humains et les intelligences humaines ne soient pas à la hauteur de nos progrès scientifiques et de nos techniques jamais encore égalées. « Gémir, pleurer, prier, est également lâche » disait le poète. Après un traumatisme, comment reprendre le fil de la vie ? La réponse a toujours été de travailler, de réfléchir, de basculer du côté de l’action qui doit être bienfaisante et résiliente. Dans ce cas, l’action soigne les effets de la sidération. On se reprend à exister.

La réponse est aussi dans le soin que nous prenons les uns des autres, réciproquement. La tendresse est le baume le plus puissant que nous connaissons.

 

Colette TRUBLETCommentaire