SPIRALE

 

Dimanche 5 Novembre 17

Colette Trublet

D’OÙ VENONS-NOUS

QUI SOMMES-NOUS

OÙ ALLONS-NOUS

Depuis que le monde est monde une réflexion en spirale s’élève sur les mêmes questions

que se pose l’humanité entière.

Je constate

D’OÙ VENONS – NOUS

D’après les dernières découvertes, l’humanité serait née en Afrique. Elle se serait ensuite

répandue au Moyen Orient et en Europe d’un côté et vers l’Orient de l’autre. Puis elle aurait

envahi la terre entière.

C’est sans doute un peu plus compliqué mais pour l’instant on peut essayer de s’en tenir à

ces prémisses pour élaborer une réflexion.

Ici nous sommes donc des Européens venus du Moyen Orient. Chemin faisant, des

civilisations différenciées les unes des autres ont laissé des traces que nos chercheurs,

archéologues en têtes, déchiffrent au bénéfice de notre plus grande curiosité et de notre plus

grand étonnement.

QUI SOMMES-NOUS

Dans une époque lointaine - cinq-six mille ans avant J.C- nous savons que les civilisations

Minnoenne, Egéenne, Egyptienne, grecque et pré-européenne avaient les yeux tournés vers

les étoiles comme pour demander au ciel des repères et des indications.

Au centre du ciel, les Egyptiens distinguaient le soleil comme source principale de

prospérité, les Minnoéens, Egéens et Grecs inventaient un panthéon où les étoiles et les

constellations représentaient des dieux comme en reflet du monde humain mais avec des

pouvoirs supérieurs. La vie spirituelle naissait des étoiles et l’humanité y trouvait son reflet,

imaginaire à l’oeuvre. Les bagarres entre dieux et déesses se disputant le pouvoir ont fait

l’objet de nombreux récits dont les aventures et mésaventures de la déesse Isis par exemple

font partie de notre patrimoine immatériel. La guerre des sexes en est le thème central et

doucement l’esprit d’Isis, délaissé par Moïse, est devenu modèle pour Jésus pendant que

Jupiter tonitruait sur la Grèce. Astrologie et astronomie en découleraient.

Durant les mêmes longs temps de la préhistoire, la civilisation mégalithique, qui elle aussi

s’intéressait au ciel et à son peuplement étoilé, a vraisemblablement essaimé en suivant le

soleil dans sa course d’Est en Ouest. Ils ont jalonné leur trajet de peulvan et autres menhirs

comme autant de déplacements progressifs, et dûment constatés, de la lune, du soleil et de

telle étoile plus facilement reconnaissable que d’autres. Ils ont été intrigués, à coup sûr, par la

différence de longueur entre les jours et les nuits selon les saisons, sur cette latitude de

l’Europe étirée d’Est en Ouest source de leurs questionnements; et ils ont observé le ciel

durant des nuits et des nuits. Le périple s’est arrêté, semble-t-il, à Stonehenge quand les

rayons du soleil ont été captés au fond d’un monument extraordinaire aux équinoxes de

printemps et d’automne. Cette étude et cette première expérimentation, ont été finalement

transcrites et léguées à la postérité dans le calendrier celtique découvert à Coligny, qui fait la

synthèse de ce travail millénaire scientifique. Ce document très savant fait l’objet d’études

répétées depuis sa découverte dans les années 1880.

Tous cherchaient un miroir pour y découvrir leur image, leur destin, ici et au loin. Les

miroirs nous montrent qui nous sommes. Les yeux de ceux qui nous regardent et nos yeux qui

regardent les autres, le monde et le ciel, nous aident à fabriquer l’idée que nous avons de nous

et des autres, un par un, et aussi ensemble, engagés dans un échange sur un même sujet, une

même question.

Pour tous, le ciel était un miroir. Il est devenu un objet d’étude scientifique et de conquête

infinie.

L’habitude européenne héritée des Grecs et des latins, de faire la lecture des populations de

la préhistoire à travers superstitions et croyances irrationnelles, a probablement empêché

que nous fassions cette constatation très simple de l’oeuvre scientifique initiée en Europe par

la civilisation mégalithique.

Nous ne voyons pas assez la spirale qui s’élève au-dessus de cette question : « qui sommesnous

», qui se posait et qui se pose toujours à nous.

OÙ ALLONS-NOUS

Nous sommes dans une ère nouvelle nommée anthropocène que nous inaugurons depuis la

fin du 20ème siècle.

Les individus, au cours du temps, ont vécu en familles, groupes, clans, peuples, comme

aimantés ensemble par un des aspects de la question plus que d’un autre ; ils ont partagé une

réflexion s’élevant en spirale au dessus de la question « Où allons-nous ». Ils se sont exprimés

dans des mots, des vocables générés spécialement pour transmettre des savoirs et pour les

partager. La langue, les langues qui s’élèvent autour de l’avancée des connaissances et des

réflexions manifestent une intelligence collective très diversifiée, dans un mouvement allant

venant de l’un à l’autre et aux autres. Notre époque voit la mise à disposition pour tous du

travail effectué par chacun au sein de son groupe et de son environnement, savant et culturel,

l’un tenant l’autre.

Nous parlons. Pour aller où ? Qu’est-ce que parler veut dire ? Qu’elle est cette étrange

faculté qui charge de sens un mot, une parole, une PAROLE peut-être… Elle s’échappe de notre

corps, matière provisoire que nous croyons être essentielle, alors que peut-être elle n’est

qu’indispensable pour produire la PAROLE, échappée de nous comme pour nous faire

connaître, ou plutôt reconnaître, un parfum d’immortalité possible, pendant que le corps est

rendu à un autre cycle, substrat, poussière recyclée dans le grand chaudron des cycles viemort-

vie.

Où allons-nous sinon dans la parole qui émane de nous et que nous produisons, parole dite,

écrite, chantée, musique et poésie, et aussi silence, silence fertile à notre insu sans doute,

souvent.

Nos savants Brout Higgs et Englert viennent de découvrir une particule immortelle, qu’ils

ont nommée le « Boson », et qui est constitutive de tout ce qui existe, nous y compris.

D’aucuns ont pensé que ce boson, immortel, pourrait être « la particule de Dieu », parce

qu’elle est immortelle, décelable en ses effets, beaucoup moins dans sa matérialité, très

fugitive, disent les expérimentateurs du CERN.

Ma question, ce jour, très prosaïquement, scientifiquement aussi, concerne le lien entre

boson immortel et parole échappant à la mort, la parole témoin de la vie passée présente et

sans doute à venir. Par quels vecteurs le boson fonctionne-t-il pour nous attirer dans son

immortalité? Quelles sont les métamorphoses qui nous conduiraient du corps redevenu

poussière, à corps parlé-immortalisé, tel que mécaniquement promu par le travail du boson ?

Cette nouvelle apocalypse, où nous sommes plongés depuis les deux dernières guerres

mondiales avec ses menaces de mort, et plus encore ses menaces d’anéantissement total de

l’humanité entière, impose un renversement de nos civilisations, revisitées en spirale à partir

des mêmes questions que toujours.

Et moi, de conclure, prudemment, en écho de cette intelligence collective née du substrat

corporel humain, pour ce que j’en sais, avec les Celtes dont je suis issue : « Ce qui est en haut

est comme ce qui est en bas ». À l’origine le Boson immortel, à la fin la Parole. Ensuite : Je ne

sais pas.

Colette TRUBLETCommentaire