Dimanche 30 Avril 2017

À - Venir ?

Laurence Parisot, très intelligente représentante du Médef avant que Mr Gattaz revienne y faire sa loi, propose ses services, en tant que future première ministre, à Monsieur E.Macron, futur président (sans doute) de la République.

Et voilà, nous y sommes. Le conflit d’intérêt pourrait s’installer au sommet de l’État. Une déferlante se prépare. Nous serons gérés comme une entreprise, pieds et poings liés à l’économie pour ne pas dire à la finance. C’est ce qu’on appelle être moderne, je suppose.

Ce sera la catastrophe. Tous nous allons devenir des porte-monnaie sur pattes avec l’obligation d’abandonner le coeur et l’esprit à la porte des conseils d’administration et de gestion.

Ce qui se passe en ce moment en France, comme ailleurs, si je suis bien renseignée, relève d’une apocalypse des manières d’être, de dire et de faire, encore jamais vues.

Les commentaires à la télé deviennent navrants ; Nos journalistes perdent pied à un point étonnant ; ils ne sont pas capables de faire un pas de côté pour essayer de comprendre la nouvelle donne que provoquent les naufrages des partis traditionnels. Ils n’avaient plus pensé au-delà du système installé depuis les débuts de la 5ème république. Ils ont oublié les propos de Hanna Arendt sur la nécessité de ne jamais arrêter de penser au delà des frontières d’un système, la force de l’habitude et leurs intérêts bien compris sans doute. C’est ainsi que le parisianisme a oublié les pays de l’hexagone et les a méprisé.

Pourtant on voit clairement les erreurs passées, celle de Chirac s’appropriant las voix de la gauche sans tenir compte de l’ensemble de ses électeurs, les conflits d’intérêts qui sont infiltrés dans le système pour défendre des privilèges et des paradis fiscaux, des délocalisations et des abandons de savoir-faire précieux, la généralisation des facilités mises à disposition d’un système de prédation des richesses mondiales avec des noria d’avocats chargés de tordre les lois aux bénéfices des grandes fortunes. C’est déjà le règne d’un capitalisme sans frein ni obstacle, et personne ne propose de s’y attaquer.

Il y a des solutions, pourtant ; il faudrait une démocratie de proximité qui redonne aux peuples, dans chacun ses frontières, des libertés de faire, d’innover et d’entreprendre, non pas en fonction d’un chiffre mondial, mais en fonction de chaque possibilité sur un même territoire.

Ici en Bretagne nous savons bien que nous pourrions exploiter la mer plus savamment et intelligemment qu’à travers des directives parfois absurdes parce que décidées dans le lointain et la méconnaissance de nos potentiels et de nos particularités. On peut en dire autant de l’agriculture et de l’élevage.

Nous avons un tissu de « Petites Cités de Caractères de Bretagne » de villages dédiés à l’art, à l’histoire, à l’architecture, aux contes et légendes, qui pourraient servir de tremplin à des développements professionnels et culturels très diversifiés si on nous laissait faire. Nous pourrions y développer « des Entreprises Culturelles en milieu Rural » à partir de chaque ressource propre. Il suffirait de les organiser en réseau pour les faire communiquer entre elles, pour y développer des formations professionnelles et culturelles. Elles pourraient être intelligemment complétés par le développement écologique des hameaux désertifiés du centre Bretagne. Un village dédié aux innovations tous azimuts (sur l’exemple du concours lépine) pourrait intéresser des villes et villages tels Landelo, Perret, Plouguenast ou d’autres.

Des sites internet permettant la diffusion d’un ensemble cohérent d’activités économiques et professionnelles ouvriraient des possibilités de commerces et d’échanges avec le voisinage français, anglais, Irlandais, espagnol, en développant les activités sur un Arc atlantique plus ou moins abandonné par la France.

« Bretagne Prospective » et l’Institut de Locarn pourraient sans doute soutenir efficacement des projets allant dans ce sens.

La notoriété de « Bécherel, Cité du Livre », une entreprise culturelle en milieu rural qui en est à sa presque trentième année de réussite montre que la Bretagne n’a pas dit son dernier mot en matière de créativité …

Comme nous l’avons réalisé à Bécherel autour du livre, il est possible d’appeler les villages et hameaux désertifiés à se repeupler autour de thèmes comme les tissus et la couture, ou le bois et l’ébénisterie, ou les matériaux de construction et l’écologie, ou les jardins conservatoires et les arts culinaires, ou la transformation des algues et des coquillages, ou Les farines et les pains etc. Des formations professionnelles et des échanges complèteraient une organisation permettant un développement d’activités économiques et professionnelles de terrain, en réseaux les uns avec les autres, ouverts les uns aux autres et sur l’extérieur. A chaque réalisation les conditions d’une autonomie énergétique et nourricière pourraient être pensée pour devenir opérationnelle ; l’écologie offre beaucoup de possibilités.

Le tissu géographique breton fait d’implantations de hameaux de villages et de petites villes se prête bien à un tel maillage. Des « apprentis » et des « compagnons du devoir » pourraient circuler de l’un à l’autre pour choisir une formation ou pour diversifier leurs apprentissages.

Chaque implantation pourrait utiliser en l’adaptant à son propre choix un modèle comprenant l’installation de professionnels, un musée interactif sur l’histoire et le devenir de la production choisie (Par exemple la Cité du Livre s’est orientée vers le livre ancien et d’occasion, et diversifie à présent ses activités par internet. Des artistes illustrateurs, des relieurs, des calligraphes et des maisons d’éditions ont complété l’offre et on pourrait continuer l’expansion avec le papier recyclé et des fabriques de papiers décoratifs etc ).

Quand on commence à décliner des activités à partir d’un objet, on peut diversifier son exploitation dans tous les sens et s’en servir dans les domaines de l’éducation, de la formation, de l’économie, de la mémoire et de la prospective. De l’avenir est ici possible ailleurs que dans les grands travaux qui nécessitent des moyens démesurés, des objectifs hors de portée au quotidien, et une main d’oeuvre bon marché d’une part ou hautement spécialisée et embrigadée d’autre part, au détriment d’une créativité accessible à tous.

La Bretagne n’a pas atteint son potentiel. Mais pour qu’elle se développe vraiment, elle n’a pas d’autre choix que de se prendre en main et de construire son propre avenir.

Et n’oublions pas : Qui peut le moins peut le plus, ou inversement …

Tout change. C’est le sens de l’histoire et nous sommes dans ce moment d’un renouveau à construire ensemble.

 

 

 

Colette TRUBLETCommentaire